L'Institut Français du Japon - Yokohama présente « Ah bon ?! », le mag FLE du Japon.

L'histoire des noces au Japon (1ère partie)


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Dans les journaux, en avril et en juin 2007, il y avait deux articles symboliques qui montrent le décalage entre les lois et la réalité du mariage au Japon. L'un des articles était sur une jeune fille qui n'avait ni registre d'état civil ni fiche d'enregistrement du domicile. Ses parents ne se sont pas mariés légalement et ils avaient refusé de signer le papier de sa naissance, parce qu'ils ne voulaient pas que leur fille soit appelée « enfant naturel ». Et l'autre était sur une proposition de loi qui avait été rejetée avant d'être proposée au parlement. C'était une proposition selon laquelle une femme pouvait se remarier sans période d'interdit de remariage pendant six mois. Ces deux nouvelles montrent que le comportement et la manière de penser des Japonais a changé dans la vie conjugale. Maintenant, par exemple, les époux doivent choisir leur nom de famille entre celui de l'homme et celui de la femme.

En regardant l'histoire des noces au Japon, je voudrais réfléchir aux problèmes contemporains du Japon qui peuvent avoir leur origine dans l'histoire matrimoniale. Par exemple, les défauts du droit de la famille, la baisse du nombre de mariages, l'augmentation des divorces, l'âge du mariage, la baisse du taux de natalité, le nom de la femme mariée, le petit nombre d'adoption et les soins aux personnes âgées. Tout cela veut dire que le gouvernement est confronté à des problèmes sur la manière de protéger et de conserver le cadre de la famille : en d'autres mots, « la société ». On devrait choisir l'une des sociétés suivantes : celle où la base est la famille ou celle où la base est l'individu. Je pense que l'idée de la famille restera éternellement, mais elle ne devrait pas être la même et il est nécessaire de créer de nouvelles lois pour prendre des mesures contre des faits réels.

Le concept de mariage

Selon le dictionnaire représentatif Koujien, le mariage : 1. c'est quand un homme et une femme forment un couple ; 2. c'est l'union sociale et économique dans un couple basé sur une union sexuelle qui est continuelle.

Il y a beaucoup de choses qu'on peut dire de cette définition, par exemple, comme le PACS en France, on ne reconnait pas encore un couple homosexuel comme des époux. Et sous l'aspect de la reproduction, beaucoup de couples doivent être basés sur l'union sexuelle, mais récemment au Japon, on dit qu'il y a un grand nombre de couples qui n'ont pas de vie sexuelle. Pour maintenir la morale et la société, le régime du mariage limite l'union sexuelle entre le couple marié, mais est-ce que cette idée est pratique ?

Comme le Koujien le dit, le mariage est une union sociale et économique, donc le sens et la forme du mariage sont très différents à chaque époque de l'histoire. À chaque époque et dans chaque pays, on trouve que le régime, la politique, la religion, les étapes du développement industriel, et les éléments biologiques sont différents.

Les anthropologistes classent les formes de mariages en plusieurs sortes : par exemple, le mariage hétérosexuel, le mariage homosexuel, la monogamie, la polygamie (pour une femme ayant plusieurs maris on parle de polyandrie, pour un homme ayant plusieurs femmes de polygynie), le mariage consanguin (entre proche parents), l'union libre ou le concubinage.

L'histoire du mariage au Japon : De l'antiquité à l'époque d'Héïan

Dans la mythologie japonaise, la naissance du Japon survient avec le mariage d'Izanagi et sa femme Izanami, qui sont les principales déités du mythe de la création japonaise. Dans l'antiquité, le mariage collectif ou l'endogamie ( 族内婚 ) est générale dans les tribus, et après, il s'est même étendu en dehors d'une tribu (l'exogamie). Les enfants étaient élevés par leurs mères : c'est le commencement de la société clanique matriarcale ( 母系氏族社会 )

Jusqu'à l'époque d'Asuka et de Nara, l'homme faisait sa demande en mariage et fréquentait le domicile de la femme. À l'origine, la fréquentation par l'homme du domicile de la femme était la forme de mariage la plus répandue. On l'appelle « tsumadoikon » ou « kayoikon » (mariage par visite chez l'épouse). "Le mariage par intrusion nocturne (yobai ) » est un synonyme, mais ce mot a été considéré comme immoral. Le mot « tsumadoi » qui signifie le mariage par visite chez l'épouse se voit dans le « Kojiki », le « Nihonshoki », le « Manyoshu » etc. La famille de la mariée avait l'initiative du mariage et il y avait égalité entre l'homme et la femme. Il n'y avait pas de différence claire entre l'amour et le mariage et il y avait aussi plusieurs sortes de formes matriarcales (家母長制).

À l'époque d'Héïan, après le mariage par visite chez l'épouse, comme on le lit dans le « Dit du Genji », le « mariage en gendre (婿取婚) » qui signifie que l'époux habitait chez l'épouse a été généralisé.

L'histoire du mariage au Japon : De l'époque de Kamakura à l'époque d'Édo

À l'époque de Kamakura, la famille matriarcale a commencé à s'écrouler et la puissance paternelle est devenue absolue. Par conséquent, la classe des guerriers (Bushi) a commencé à recevoir l'épouse chez eux. On pensait que les femmes étaient la possession des hommes et cela a entraîné la dégradation du statut des femmes. Et les mariages politiques avaient lieu très souvent dans la classe des Bushi. Un missionnaire portugais, Luis Frois, a écrit que les Japonais pouvaient se marier et divorcer facilement.

À l'époque d'Édo, le confucianisme est déclaré philosophie éthique du Japon par le shogunat Tokugawa pour maintenir l'ordre des classes et la mentalité des samouraï et des intellectuels reposait sur cette idée. Au Japon, comme dans beaucoup d'autres pays d'extrême Orient, la famille est la base de la société et le patriarcat (家父長制) est le modèle de toute organisation politique, sociale ou économique ; la soumission complète à l'autorité est une vertu.

Cela signifie qu'on se mariait pour prolonger la lignée et que l'homme pouvait divorcer ou avoir plusieurs maîtresses et que les femmes vivaient dans une position faible. Et aussi, elles devaient toujours obéir à leurs pères, maris et fils tout au long de leur vie. Bien que la classe des Bushi ait seulement représenté 6 % de la population à l'époque d'Édo, leur idée ou leur conception continuait à dominer au Japon. Dans la classe des fermiers, le « mariages en gendre » était encore populaire et la virginité n'était pas si importante pour se remarier. On divorçait souvent et se remariait ou vivait en concubinage et il y avait beaucoup d'enfants hors mariage. Les femmes, et les enfants, étaient considérés comme des soutiens de famille et elles pouvait être substituées par d'autres personnes.

L'histoire du mariage au Japon : La période de la Constitution de l'Empire du Japon, la nouvelle Constitution et la réforme de la loi familiale en 1947

À l'ère Meiji, en 1871, les lois de l'état civil étaient à établir et on pouvait se marier avec n'importe qui de n'importe classe. En 1889, le Code de la famille est entré en vigueur et la Constitution de l'Empire du Japon a été établie en 1890. Dans ces lois, la monogamie devenait la règle, mais la femme devenait juridiquement une personne incapable de transaction après le mariage. 

En 1947, la nouvelle Constitution est entrée en vigueur et la loi de la famille a été réformée. L'article 24 de la constitution japonaise déclare que le mariage est fondé uniquement sur le consentement mutuel des deux époux, et son maintien est assuré par une coopération mutuelle, sur la base de l'égalité des droits du mari et de la femme. En ce qui concerne le choix du conjoint, on a créé les droits de propriété, de succession, du choix du domicile, du divorce et d'autres questions se rapportant au mariage et à la famille. Ces idées dont la dignité individuelle et l'égalité fondamentale des sexes sont la base ont été écrites par une jeune américaine : Beate Sirota Gordon. Selon les lois, la femme a gagné des droit égaux à ceux de l'homme, mais la philosophie éthique du confucianisme est restée pendant une trentaine d'années dans la société japonaise...  À suivre au prochain numéro !


Texte : Tsubura Watanabe - Photo : Mariée shintô sur WikiCommons - Ah Bon ?! No6

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