L'Institut Français du Japon - Yokohama présente « Ah bon ?! », le mag FLE du Japon.

Histoire de la langue japonaise



Depuis 40 000 ans avant J.C., l'archipel du Japon est habité par des peuples parlant la langue japonaise. Jusqu'aux environs du 4e siècle après J.-C., ils n'ont pas de langue écrite. Quand ils se trouvent dans la nécessité d'écrire, ils choisissent d'emprunter des caractères chinois plutôt que d'en créer eux-mêmes.
Les emprunts à la langue chinoise dont le système d'écriture est complètement différent du japonais parlé compliquent la création d'une langue écrite japonaise. En plus, comme les caractères chinois sont idéographiques, les Japonais appliquent à un seul caractère une ou plusieurs lectures du mot japonais qui y correspond. Par exemple, en même temps qu'on introduit le caractère chinois « 山 » et sa lecture « san », on y applique aussi la lecture japonaise « yama » qui signifie « 山 » (NDLR : « montagne » en français). Par conséquent, un caractère chinois a plus d'une lecture. Il arrive donc souvent que, même de nos jours, les Japonais ne sachent pas comment lire les mots qui sont écrits en caractères chinois.

Introduction des manyogana

Pendant l'époque de Nara (710-784), les Japonais trouvent une nouvelle manière d'employer les caractères chinois : ils empruntent seulement le son du caractère chinois en enlevant sa signification. On appelle le caractère ainsi utilisé « manyogana ». Il permet d'écrire le texte dans l'ordre des mots du japonais parlé et assure une prononciation correcte. Comme un manyogana représente seulement un son, un texte en manyogana a besoin de plus de caractères qu'un texte conventionnel. Mais il est très utile pour les waka (poèmes courts) ou les paroles de chanson dans lesquels aucune erreur de lecture n'est tolérée. Bien que ce soit un système d'écriture peu efficace, il donne naissance aux hiragana et aux katakana pendant l'époque suivante.

Origine des katakana et des hiragana

À l'époque de Heian (784-1184), les hommes des hautes classes écrivent deux genres de textes : des textes en chinois et des textes en japonais utilisant les caractères chinois (kanshiki-wabun). Ils créent aussi des caractère chinois propres au japonais. En effet, pour faciliter la lecture des textes en chinois, on commence à ajouter entre les lignes des notes en manyogana. De temps en temps, à cause de l'espace limité, on abrège le caractère du manyogana et on en écrit seulement une partie. C'est l'origine du katakana qui signifie le kana (manyogana) incomplet. Comme le manyogana, le katakana représente un son. Graduellement, on commence à utiliser les katakana dans les textes avec des caractères chinois. C'est la naissance du « texte en caractères chinois et katakana ».

Katakana et leurs équivalents manyogana (Pmx)
Développement des hiragana à partir des manyogana. (Pmx)


Un autre style d'écriture qui est dérivé du manyogana est le hiragana. C'est la forme cursive du manyogana, qui s'est développée pour des questions de rapidité d'écriture. À cette époque, on commence donc également à écrire des textes en utilisant seulement les hiragana, bien que les caractères chinois soient encore utilisés quand ils sont absolument nécessaires. Alors que le « texte en caractères chinois et katakana » est utilisé par les aristocrates et les moines, le texte en hiragana est principalement utilisé par les femmes qui ne sont pas autorisées à utiliser les caractères chinois. Pour la première fois, les Japonais peuvent écrire exactement comme ils parlent dans la vie quotidienne. Le ton doux qui en découle ne pourrait d'ailleurs être exprimé par aucun style conventionnel. Le système d'écriture en hiragana a été établi dans la première moitié du 10ème siècle. Grâce aux hiragana, plusieurs genres de littérature, comme le roman, le journal et l'essai, fleurissent pendant cette époque.

Hégémonie et évolution du « texte en caractères chinois et katakana »

Cependant, les textes en hiragana ne sont pas adaptés à l'écriture de textes abstraits ou logiques, qui ont besoin des caractères chinois. C'est la raison pour laquelle ils n'arrivent pas à être représentatifs du style d'écriture japonais. Le « texte en caractères chinois et katakana » occupe ainsi la première position dans les styles d'écriture japonais parce qu'il est le plus efficace et le plus facile à lire ; il est aussi utilisé dans beaucoup plus de domaines (politique, religieux, économique,...)

Au cours de la période de Kamakura/Muromachi (1185-1573), le japonais écrit commence à s’éloigner de nouveau de la langue parlée. Le texte devient plus logique et clair grâce à l’emploi de la particule « ga » après le sujet et à l’introduction des conjonctions qui indiquent la relation entre une phrases et la phrase suivante. D’un autre côté, de nombreuse formes de conjugaisons de verbe qui étaient utilisées à la fin de la phrase commencent à disparaître. Les expressions élégantes et émotionnelles des aristocrates sont graduellement remplacées par les expressions claires et nettes des samurai.

Prémices du japonais moderne

L’époque d’Édo (1603-1868) est la période pendant laquelle la base de la langue parlée japonaise que nous employons aujourd’hui est formée. Avec le commencement de l’époque, le centre économique et culturel du pays passe graduellement de Kyoto et Osaka à Édo. Dans les années Kyoho (1716-1736), la population d’Édo a totalement surpassé celle de Kyoto et Osaka. Après un conflit sévère pour la suprématie entre la langue d’Édo et la langue de Kyoto/Osaka, la première devient finalement la langue commune japonaise pendant les années Horeki (1751-1764). Les habitants ordinaires de la ville jouent le rôle principal dans le développement de la langue parlée. Leur prononciation serait d'ailleurs presque la même que celle d’aujourd’hui. Beaucoup de termes que nous utilisons actuellement date de l’époque d’Édo. En particuliers, il existe encore aujourd’hui beaucoup de pronoms pour la première personne et la deuxième personne et de termes de politesse qui auraient été utilisés pendant cette période. Il faut noter également que la différence entre la langue écrite et la langue parlée s'accentue pendant cette période. Trouver un moyen pour éliminer cette différence devient un travail lourd, attribué aux gens de l’époque de Meiji (1868-1912).

Meiji et l'établissement d'une langue « standard »

Avec le torrent de mots occidentaux arrivés après la Restauration de Meiji, les Japonais créent une énorme quantité de mots en utilisant des caractères chinois. Beaucoup de ces nouveaux caractères chinois sont même exportés en Chine et en Corée et plusieurs y sont encore utilisés.

Résoudre les problèmes de différences entre la langue écrite et la langue parlée et établir une langue parlée qui soit valable dans toutes les régions sont des tâches très dures pour le nouveau gouvernement de Meiji. En 1902, le gouvernement annonce sa politique pour une langue « standard » qui est basée sur la langue parlée dans la classe moyenne de Tokyo. L'année suivante, le premier manuel pour l'école primaire agréé par l'Etat est publié. Il devient la base de la langue japonaise parlée. La station nationale de radio NHK contribue beaucoup à diffuser la langue « standard ». Aujourd'hui, le nom a été changé en langue « commune ».

La concordance de la langue écrite avec la langue parlée est beaucoup plus difficile. Il y a beaucoup de disputes et propositions y compris l'abolition/réduction des caractères chinois et l'adoption de l'alphabet. Beaucoup d'essais finissent par échouer parce que la classe dominante préfère des textes difficiles à écrire et comprendre et qu'il est difficile d'exprimer à l'écrit le pronom, le verbe auxiliaire et d'autres composants de la langue parlée qui changent selon l'interlocuteur. Finalement, Koyo Ozaki, écrivain, arrive à achever le style de « déaru » dans ses oeuvres. C'est un style qui utilise l'expression « déaru » pour indiquer la fin d'une phrase. L'apparition de l'expression « déaru » à la fin de la phrase permet d'exprimer objectivement une situation et il est accepté universellement. Maintenant, il est normal de finir une phrase avec le style « déaru ». Un accord a été finalement réalisé en 1945, quand la langue parlée a été adoptée dans les documents officiels. Aujourd'hui, nous jouissons enfin pleinement du bénéfice du « texte en caractères chinois et kana » et de l'accord de la langue écrite avec la langue parlée.

De nos jours, la langue japonaise continue à évoluer. Chaque personne qui parle le japonais doit réfléchir sur l'avenir de cette langue. Il faut considérer des points comme les utilisations erronées de la langue, la croissance des mots étrangers en katakana, la complexité de la langue (différentes lectures pour un même caractère) et l'énormité du vocabulaire, le problème des homonymes et des termes de politesse. Vous parlez japonais ? Qu'en pensez-vous ?

Références
Nakami Yamaguchi, Histoire de la langue japonaise, Éditions Iwanami


Texte par Hiwamari - Photo par FLQ - Ah Bon ?! No2

0 commentaires :

Enregistrer un commentaire